Test 4K Ultra HD Blu-ray : Nosferatu (2024)

Publié le par la Rédaction



 

Synopsis

Dans l'Allemagne de 1838, Thomas Hutter, un jeune clerc de notaire, est envoyé en Transylvanie pour conclure une vente avec le mystérieux comte Orlok. Sur place, il découvre que le comte est un vampire terrifiant, tandis que son épouse, Ellen, restée à Wisborg, est en proie à des visions inquiétantes. Lorsque Orlok s'installe dans sa nouvelle demeure en Allemagne, une série d'événements horrifiques plonge la ville dans la terreur et la désolation.

 

 

NB : Les comparatifs image (compression .jpg, 8-bit) sont strictement à usage illustratif et sont non représentatifs de ce que l'Ultra HD Blu-ray diffusera sur votre écran UHD HDR calibré.

 

Afin de mettre en évidence l'utilisation concrète du Wide Color Gamut (WCG) sur cette édition (voir tutoriel ici), les pixels qui se situent dans la gamme standard/BT.709 (confinés à l'intérieur du petit triangle REC.709) vous sont présentés ici entièrement désaturés. A l'inverse, ceux faisant partie de la gamme élargie BT.2020, exclusive au disque 4K Ultra HD Blu-ray (qui s'étendent à l'extérieur du petit triangle REC.709) vous sont présentés en couleur :

 

🧛‍♂️💀✝️ "Il faut appréhender le Mal pour pouvoir le détruire. Il nous faut le découvrir en nous, et ce faisant, il nous faudra le crucifier, pour le rachat de nos âmes !"

1838. La nuit s’étire, froide, insondable. Un halo de lumière tremblote sur le cuir craquelé d’un grimoire oublié. Imaginez que l’ombre s’allonge, s’infiltre, insidieuse. Qu’elle rampe dans les fissures du réel, étouffe le souffle, dissout la certitude du jour. Voilà l'ambiance de Nosferatu (2024). Et ce n’est pas une simple résurgence d’un mythe oublié. C’est une vraie malédiction qui s’éveille, une fièvre tapie sous l’épiderme du temps, prête à ronger l’âme de ceux qui osent la contempler. Robert Eggers, sorcier du celluloïd, signe l’œuvre qui l’attendait depuis toujours. Après The Witch, The Lighthouse, The Northman, il ose toucher à l’intouchable. Nosferatu (2024) n’est pas un hommage au chef-d’œuvre maudit de Murnau. Il en est une résurrection. Une nouvelle invocation.

Bill Skarsgård incarne Orlok, une figure spectrale obsédante. Son corps émacié évoque une relique affamée, surgie d'un autre monde. Plus qu'un simple buveur de sang, il dévore la lumière et l'énergie vitale. Son regard abyssal consume l'âme, et son ombre funeste recouvre une ville bientôt maudite. Face à lui : Lily-Rose Depp incarne Ellen Hutter, silhouette frémissante au seuil de l’abîme. Avant même que l’appel ne soit proféré, elle l’entend. Avant même qu’il ne la touche, elle frissonne sous son étreinte spectrale. L’attirance qu’Orlok exerce sur elle n’est pas un désir, c’est une damnation. Une caresse invisible qui marque sa chair sans la meurtrir. Elle n’est pas seulement une victime. Elle est une passeuse d'âme. Une prêtresse involontaire de l’inéluctable.

Nicholas Hoult, lui, est Thomas Hutter, l’époux aveuglé, funambule égaré sur le fil du cauchemar. Il ne sait pas. Il ne peut pas savoir. Il n’a ni le poids de la connaissance, ni la force de l’aveuglement. Il avance, inexorablement, vers sa perte. Et Willem Dafoe est Von Franz, le gardien des ténèbres. Celui qui sait mais qui ne peut empêcher. Celui qui murmure les vérités interdites en maîtrisant la grammaire de l'occulte.

Eggers ne cède à aucune facilité. Pas d’effusion de sang superflue. Pas de frissons factices. Il préfère le poids de l’attente, l’angoisse insidieuse qui s’insinue sous la peau comme une maladie sans nom. 1838. L’Allemagne se délite lentement sous son regard. Chaque pierre, chaque mur suinte la pourriture du passé. La photographie magistrale de Jarin Blaschke ne se contente pas de capturer des images. Elle les façonne avec une maîtrise de l'ombre, de la symétrie et des textures. L'esprit du romantisme allemand imprègne les plans. Les figures se perdent dans l'immensité, baignées d'une lumière tremblante, telle des âmes égarées au seuil du vide. Quand le grain du 35mm murmure et invoque cet esprit d'un autre temps.

Nosferatu (2024) n'est pas simplement un film, c'est un requiem visuel, un poème funéraire exhalé dans la crypte d'un rêve oublié. C'est la morsure glaciale de l'effroi sur l'épaule, une étreinte d'ombre où seule la promesse d'une aube secrète, d'une lumière mystique, peut chasser les ténèbres. Un jalon est posé. L'écran devient miroir : "Nous voici face au non-mort, au porteur de peste, au vampire... Nosferatu."

Qualité Vidéo

Le tournage de Nosferatu (2024) s’est distingué par une approche minutieuse visant à restituer l’esthétique du XIXe siècle avec un souci d’authenticité remarquable. Capté en 35mm à l'aide de caméras ARRICAM ST, le film bénéficie du travail méticuleux du directeur de la photographie Jarin Blaschke, qui a collaboré avec Panavision pour exploiter des optiques vintage. Parmi elles, des objectifs Baltar traditionnels, ainsi que des optiques spécialement modifiées pour conférer une identité visuelle unique à l’œuvre. Fidèle à l’esprit d’époque, l’équipe a privilégié la lumière naturelle, utilisant torches et bougies, parfois en l’absence totale d’éclairage artificiel. Il est question d'un master 4K. Le film est présenté sur cette édition (USA) Ultra HD Blu-ray en 2160p, ratio 1.66:1 respecté, avec les options HDR10 et Dolby Vision (DV-FEL, 12-bit). En version cinéma et version longue (+3mn28).

Quel que soit votre format de prédilection, une chose est certaine : la photographie de Nosferatu (2024) est à couper le souffle. Les créateurs se sont imprégnés de l’esthétique du romantisme, mouvement artistique dominant de l’époque, pour insuffler à l’image une beauté envoûtante et troublante. L’œuvre se distingue par le respect de nombreuses règles visuelles, contribuant à sa puissance évocatrice. Parmi elles, des cadrages à forte symétrie — comme la saisissante séquence nocturne au carrefour —, une douceur onirique conférée par l'emploi d'optiques vintages, et l’usage de lumières naturelles et pratiques, à l’image de la vieille femme éclairée à la seule lueur d’une bougie dans le village des gitans. Ces choix photographiques aspirent à augmenter la tension et l'inconfort du spectateur avec un très grand effet. En Blu-ray, comme en UHD, la qualité d'image reste stupéfiante, avec des détails nets et une structure de grain qui reste organique et légère. Le film obéit à une esthétique désaturée, sombre et froide. Celle-ci reste ponctuée tout de même par la lumière ambrée des torches et des sources d'éclairage mobilisées en intérieur et qui apportent un peu de chaleur à cette fable gothique.

L'œil attentif remarquera une fenêtre de scan légèrement plus généreuse sur la version UHD. Les détails fins se déploient avec une précision un peu plus affirmée et une compression plus robuste. L’étalonnage HDR n’opère en revanche aucune rupture radicale, adoptant une approche prudente dans les intensités lumineuses, mais qui reste cohérente avec l'historicité de ce mythe. Ici les ombres et les noirs profonds prédominent. Bien plus que les lumières fortes ou aveuglantes. La version HDR demeure proche de la version SDR dans ses propositions. Des nuances subtiles de contraste restent observables, mais de nature variable selon les plans. La plage dynamique apparaît restreinte, avec une moyenne de pics lumineux mesurée à un modeste 94 nits. Et Il ne faut pas s'attendre à un apport fulgurant du Wide Color Gamut, compte tenu de l'approche désaturée dont il est question. Exception faite des scènes les plus chaudes, éclairées par les feux de foyer et ces lampes d'un autre temps.

Gardez à l'esprit qu'il s'agit d'une photographie à forte identité, certes sans HDR exhubérant, mais exemplaire à plus d'un titre.

 

Test 4K Ultra HD Blu-ray : Nosferatu (2024)

Test 4K Ultra HD Blu-ray : Nosferatu (2024)

 
 

Qualité Audio

Nosferatu (2024) s'impose comme une œuvre fascinante, où l’alliance subtile de la mise en scène visuelle et du mixage sonore Dolby Atmos crée une expérience sensorielle inédite. Robert Eggers, fidèle à sa réputation de maître du détail, transforme le son en un outil narratif aussi essentiel que l’image. Dès les premières secondes du film, une intensité glaçante prépare le terrain pour l’horreur à venir. Au coeur du film : la présence d’Orlok. Elle n’est pas simplement suggérée à l’écran. Elle est viscéralement ressentie à l'écoute et donne des frissons. À travers de longues respirations lourdes et pénibles, l’ombre du vampire plane, omniprésente, comme une menace invisible. Mention spéciale ici aux basses fréquences qui jouent un rôle clé dans l’incarnation du personnage, suggérant à la fois une puissance brute et une connexion palpable à l’élément terre.

Le mixage Dolby Atmos amplifie cette sensation d’inquiétude latente en jouant sur la directionnalité et le placement des voix, nous faisant ressentir l'idée qu’Orlok pourrait surgir à tout moment et de n’importe où. C'est un mixage qui s'illustre aussi par ses vertus dynamiques. Un exemple frappant se trouve dans la scène de découverte de la calèche, lorsque Thomas Hutter traverse la Transylvanie. Ici, l’intensité sonore évolue subtilement : tout commence dans un calme presque irréel, pour laisser place à des sabots de chevaux qui résonnent de plus en plus fort, tel un battement de cœur qui monte en pression, accentuant l’anxiété. La mobilisation des canaux de hauteur est un autre point fort de ce mixage. Elle s'illustre à de nombreuses reprises. Mais de façon vraiment démonstrative lors de la séquence sur le navire, où la tempête déchaînée prend vie grâce aux effets de pluie battante et de rafales de vent caractéristiques.

La VO est restituée en Dolby Atmos, core TrueHD 7.1 (16-bit, 3467 kbps). L'indicateur de Loudness Range (LRA) a été mesuré à un solide 22.7 LU. Une VF (canadienne) est disponible sur cette édition import USA en Dolby Digital Plus 7.1 (768 kbps).

 

Test 4K Ultra HD Blu-ray : Nosferatu (2024)

Test 4K Ultra HD Blu-ray : Nosferatu (2024)

 

Bonus

- 3 scènes supprimées
- Nosferatu : un chef-d'œuvre moderne (en 6 modules)
- Commentaire du scénariste/réalisateur Robert Eggers

Conclusion

Nosferatu (2024) est une véritable symphonie de l’effroi, une œuvre qui s’inscrit avec force dans le paysage de l’horreur contemporaine. Plus qu’un simple hommage, le film d’Eggers impose sa propre identité, conjuguant maîtrise visuelle et sonore pour une expérience aussi hypnotique que terrifiante. Si les choix esthétiques limitent quelque peu l’apport intrinsèque de la version HDR (tant dans la plage dynamique mobilisée que l'usage du WCG), l’édition UHD Blu-ray n’en demeure pas moins somptueuse, rendant pleinement justice à la relecture envoûtante de cet ancien mythe. Un indispensable pour tout home-cinéphile...