Test 4K Ultra HD Blu-ray : The Substance (2024)

Publié le par la Rédaction



 

Synopsis

Avec The Substance, vous pouvez générer une autre version de vous-même, plus jeune, plus belle, plus parfaite. Il suffit de partager le temps. Une semaine pour l'une, une semaine pour l'autre. Un équilibre parfait de sept jours. Facile n'est-ce pas ? Si vous respectez les instructions, qu'est ce qui pourrait mal tourner ?

 

NB : Les comparatifs image (compression .jpg, 8-bit) sont strictement à usage illustratif et sont non représentatifs de ce que l'Ultra HD Blu-ray diffusera sur votre écran UHD HDR calibré.

 

Afin de mettre en évidence l'utilisation concrète du Wide Color Gamut (WCG) sur cette édition (voir tutoriel ici), les pixels qui se situent dans la gamme standard/BT.709 (confinés à l'intérieur du petit triangle REC.709) vous sont présentés ici entièrement désaturés. A l'inverse, ceux faisant partie de la gamme élargie BT.2020, exclusive au disque 4K Ultra HD Blu-ray (qui s'étendent à l'extérieur du petit triangle REC.709) vous sont présentés en couleur :

 

🍑👙 "On la veut jeune. On la veut sexy. On la veut maintenant !"

Le rideau s'ouvre non sur un rêve, mais sur une promesse instillée directement dans les tissus, une mutation cellulaire chuchotée à l'oreille de l'ADN vieillissant. The Substance (2024) de Coralie Fargeat n'évoque pas une simple cure de jouvence, mais une division cellulaire incontrôlée, une scission de l'être au niveau moléculaire, l'écho monstrueux de ce qui subsiste quand on injecte le désir d'une version optimisée de soi. La membrane se tend jusqu'à la rupture, le reflet mute en une réplique autonome, et dans cette faille biologique naît une horreur suintante : l'autre nous-même, lisse, éclatant(e), une perfection synthétique…... mais à quel prix ?

Au cœur du film, il y a une alchimie démente, une chimie interdite où le corps féminin devient un laboratoire d’expérimentation radicale. L’élixir est plus qu’un simple remède au temps qui passe, il est une extraction, une découpe dans l’étoffe même de l’identité. L’ancienne enveloppe se fane, tandis que la nouvelle s’épanouit sous les projecteurs, prête à être adulée, enviée. Mais ce n’est pas une résurrection, c’est une soustraction. Une lente érosion de soi au profit d’une chimère sculptée selon des codes implacables.

Les personnages ne sont pas de simples victimes de leur vanité : ils sont pris au piège d’une économie de l’image, où la peau et les traits deviennent des monnaies d’échange. L’offre est alléchante, la tentation irrésistible, mais le vertige s’installe lorsque le miroir reflète plus qu’il ne devrait. Qui possède réellement cette "autre moi" surgie de la substance ? Est-elle un prolongement, une substitution ou un parasite ?

La tension de The Substance réside dans cette dissonance, cet équilibre précaire entre régénération et anéantissement. Ce n’est pas une horreur faite de cris et d’éclaboussures, mais une mutation rampante, une lente invasion du faux dans le vrai. La peur se niche dans cette réalisation glaçante : et si notre plus grand ennemi n’était pas le temps, mais notre incapacité à l’accepter ? Et si, en cherchant à défier notre finitude, nous donnions naissance à quelque chose d’autre, d’indéfini, de plus redoutable encore que l’oubli ?

Qualité Vidéo

Orchestrée par la vision audacieuse du directeur de la photographie Benjamin Kračun, la quête obsessionnelle de perfection physique dont il est question aujourd'hui se devait d'être magnifiée par un disque 4K Ultra HD Blu-ray à la hauteur de ses ambitions graphiques. Le résultat, présenté en 2160p, avec l'apport du Dolby Vision (DV-FEL, sous 12-bit), honore certainement le travail originel. Capturé majoritairement avec l'Arri Alexa Mini LF et complété par des caméras Red, les images ne sont pas toutes "natives 4K" de bout en bout pour autant. Dans une démarche assumée visant à contrecarrer une hyper-netteté trop clinique, de nombreux plans ont été sous-dimensionnés en 2K avant d'être remis à l'échelle en 4K lors du processus de post-production. Les séquences de l'émission télévisée "Pump It Up", mettant en scène Sue, conservent à l'inverse leur résolution native, créant un contraste délibéré, une sorte d'hyperréalité médiatique au sein de l'esthétique plus "romantique" du reste de cette satire.

L'écart en termes de définition pure et de piqué s'avère objectivement plus subtil qu'attendu. Et si le niveau de détail général demeure excellent, les écarts perceptibles entre les versions Blu-ray et 4K sont finalement beaucoup plus marginaux qu'escomptés. Il n'en demeure pas moins que l'image délivrée atteste d'une propreté clinique, d'une pureté de signal quasi-aseptisée et d'une précision irréprochable. Cette netteté suffisamment tranchante est d'ailleurs indispensable pour servir la restitution des éléments les plus crus de cette dissection narcissique. C'est particulièrement vrai lorsque la caméra de Fargeat devient inquisitrice : les nombreux gros plans, serrés jusqu'à l'écœurement, bénéficient d'un degré de détails pleinement affuté. La restitution des textures cutanées (sublimes ou en pleine déliquescence), la finesse des prothèses et la capture des micro-expressions demeurent remarquables, disséquant sans concession le propos du film sur la tyrannie de l'apparence et la fragilité corruptible de l'enveloppe charnelle.

Concernant l'apport de l'étalonnage HDR (ici en Dolby Vision et HDR10), des différences franches avec la version SDR sont perceptibles. Mais en fonction des plans et de la nature des éclairages. Les plus artificiels, comme ceux des environnements cliniques (salles de bains, plateaux TV), gagnent en intensité et en luminosité. Toutefois, il convient de ne pas anticiper une débauche d'éclat synthétique de la part du HDR : l'analyse révèle des pics lumineux relativement contenus, plafonnant aux alentours de 200 nits. Cela peut sembler une approche délibérément maintenue sous contrôle, presque conservatrice, au regard de cette photographie jouant tout de même sur les extrêmes. De même, et malgré les apparences d'une palette de couleurs exubérante à l'écran, l'exploitation du wide gamut (WCG) se montre elle-aussi assez mesurée, sans les débordements spectaculaires que l'on pouvait anticiper au vu du glamour, de la brillance et de la dimension provocatrice de cette réalisation.

 

Test 4K Ultra HD Blu-ray : The Substance (2024)

Test 4K Ultra HD Blu-ray : The Substance (2024)

 

Qualité Audio

Dans The Substance (2024), Coralie Fargeat réalise une plongée radicale au cœur du body horror, en créant une synergie puissante entre une imagerie qui marie le chic au choc et un univers sonore façonné à même l'organique. Ici, chaque battement, chaque ondulation sonore semble provenir des entrailles mêmes du film, plongeant le spectateur dans une symbiose image/son quasi asphyxiante. La section sonore joue un rôle essentiel dans cette œuvre, façonnant un cocon d’inconfort où chaque transformation de l’héroïne semble résonner à même la chair. Prises de son subjectives, comme enregistrées au cœur même de la matière organique, sons stridents d'origine corporelle et pulsations viscérales se mêlent à des nappes synthétiques distordues, tissant une expérience sensorielle aussi immersive que dérangeante.

L’exploration du son, en VO DTS-HD Master Audio 5.1, devient ici un prolongement de la mutation, une matière malléable qui épouse les convulsions du récit. Si le film ne manque pas de séquences marquantes, celle de l'Activation, où Elisabeth Sparkle donne littéralement naissance à son double, Sue, s'affirme comme un véritable point culminant. Cette séquence singulière orchestre une traversée quasi spatio-temporelle pour aboutir à la genèse de la créature vénusienne, matérialisée à l'écran par des visions de fluides sous pression, de déformation corporelle et de réseaux nerveux vibrant sous la peau. L'ancrage dans la corporalité est régulièrement cimenté par des motifs sonores récurrents – sécrétions, suintements, succions et respirations altérées – qui semblent s’immiscer sous notre propre épiderme, une sensation que l'usage judicieux des canaux surround vient sublimer avec une dimension plus enveloppante. Et la dynamique sonore reste remarquable sur ce titre tant sur les scènes de choc (l’accident de voiture, les crises de nerf de l'héroïne), que sur des effets plus subtils, comme ceux simulant des acouphènes stridents. Quant aux séquences de violence - lors du duel dans la salle de bain par exemple - elles sont rendues avec une brutalité sans concession.

VO et VF sont restituées sur cette édition Metropolitan en DTS-HD Master Audio 5.1 (24-bit, 3276 & 3595 kbps). L'indicateur de Loudness Range (LRA) a été mesuré en VO à un solide 22.2 (LU).

 

Test 4K Ultra HD Blu-ray : The Substance (2024)

Test 4K Ultra HD Blu-ray : The Substance (2024)

 
 

Bonus

- Conversation entre Guillermo del Toro et Coralie Fargeat
- Teaser
- Bande-annonce

Conclusion

Indéniablement l'une des œuvres cinématographiques les plus marquantes et contaminantes de 2024. The Substance est propulsé par une mise en scène à la précision chirurgicale et un récit corrosif qui s'implante durablement dans l'esprit. Que ce soit sur le Blu-ray ou via la formule optimisée de l'UHD 4K, The Substance (2024) délivre une image d'une pureté quasi-aseptisée et d'une clarté clinique qui exalte sa froideur thématique et son exploration implacable de la mutation. Hautement recommandée !